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Présentation

Depuis l'enluminure médiévale, la lettre et l'image possèdent un lieu particulier de rencontre, l'ornement du texte. Nous avons tous pu admirer, qui Le livre des Kells, qui une Bible ornée, qui un livre des heures de toute beauté. Le lien entre image et lettre dans ces ouvrages, cependant, était habituellement fortuit; c'est-à-dire que l'image représentait une scène du texte à venir, alors que la lettre était tout simplement la première lettre du chapitre, de la page. Ainsi, le livre de la Genèse, commençant par la lettre I (In principio), offrait par exemple une scène de la Création, ou du jardin d'Éden.

Quand, au quinzième siècle, l'imprimerie vient changer les modalités de production de l'écrit, l'ornementation perdure, alors que sa fonction originelle de glorification d'un texte sacré a de moins en moins lieu d'être. Vers la fin du dix-septième siècle, quelques dictionnaires français commencent à présenter une version particulière de cette rencontre lettre/image: dans l'ornement du début de la section qui traite les mots qui commencent par A, on offre un ornement combinant la lettre A et l'illustration d'un objet dont le nom commence par cette lettre. À sa façon, donc, l'ornement représente une scène du texte à venir. La technologie du moment accommode difficilement la présence sur une même page de mots et d'images, et les premier dictionnaires ornés ainsi le sont uniquement à la lettre A: imprimer des images requiert un second passage de la page dans une seconde presse, et coûte cher.

Au dix-huitième siècle, l'illustration ornementale selon ce principe prend une assise certaine avec l'Encyclopédie, dont le supplément l'applique à tout l'alphabet. La forte poussée de la presse illustrée concomitante à la Monarchie de Juillet se traduit entre autres choses par des développements rapides en matière d'ornementation des dictionnaires; en l'espace d'une dizaine d'années sont publiés presque autant de dictionnaires ornés façon abécédaire. La pratique connaît son apogée dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Elle est portée presque seule par la maison Larousse dans la première moitié du vingtième siècle, et disparaît jusqu'en 2005, quand Christian Lacroix la remet à la mode avec ses ornements du Petit Larousse du centenaire.

Pour appréhender ce domaine qui n'avait pas donné lieu à étude auparavant, Thora van Male a créé le terme iconophore. Voici un extrait de son ouvrage Art Dico (Éditions Alternatives), à propos de ce vocable: "Pour étudier cette curiosité sémiologique, j'ai été conduite à forger un mot qui en traduirait l'idée, évitant ainsi des circonlocutions telles que "C'est un dessin dont l'importance réside dans la première lettre du nom de la chose dessinée...". Le terme iconophore, d'usage plus confortable, résume cette notion. Imaginez une icône russe (du grec eikon, image): l'observateur est tiré vers le centre de l'image par la richesse de sa beauté, une puissante force d'attraction, un vortex visuel. En même temps, les gloires émanant de la figure sainte s'étendent vers l'extérieur, comme pour régner sur ce qui l'entoure, et presque hypnotiser l'observateur.
Dans le bandeau ornemental d'un dictionnaire, la figure centrale, l'icône, c'est la lettre majuscule. Cette lettre fonctionne comme l'image du personnage saint: simultanément, elle happe l'observateur, l'enchâssant dans la scène, et elle règne sur tout ce qui l'entoure. À la notion d'icône, j'ai ajouté le grec phoros (qui porte), pour arriver au terme d'iconophore."

Le livre Art Dico présente et commente ces iconophores, les dictionnaires qui les comportent et l'assiette culturelle qu'ils traduisent; l'ouvrage est amplement illustré (quelques centaines d'ornements reproduits). Le site Art Dico, en revanche, se conçoit davantage comme un outil de travail. À terme, il permettra au visiteur de découvrir tous les ornements iconophoriques de la soixantaine de dictionnaires du corpus (il est à noter que plusieurs de ces ouvrages sont aujourd'hui quasiment introuvables, même en bibliothèque.). Une fois les images mises à leur disposition, il sera aisé pour les chercheurs d'en exploiter les richesses, que ce soit en termes de sémiologie, de sociologie, d'histoire de l'art, d'histoire du livre ... Mais pour autant, tout n'est pas labeur! Le site comporte également quelques zones plus ludiques où l'on peut jouer à identifier les iconophores et – tâche plus ardue, mais qui offre de grandes satisfactions! – tenter de nommer des éléments qui n'ont pas encore révélé leur identité.

Bonne promenade!

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